Comment savoir si vous êtes inscrit au fichier TAJ ?

Contrairement au casier judiciaire, vous ne pouvez pas consulter directement le TAJ. Il existe néanmoins une procédure officielle pour exercer votre droit d'accès indirect.

Un fichier que vous ne consultez pas vous-même

Le TAJ (Traitement des Antécédents Judiciaires) est un fichier de police judiciaire. Pour des raisons liées aux intérêts de la sûreté de l'État et à la sécurité publique, vous ne pouvez pas le consulter directement, contrairement à votre casier judiciaire.

Vous disposez en revanche d'un droit d'accès, de rectification et d'effacement. Depuis le décret n° 2018-687 du 1er août 2018, ce droit s'exerce directement auprès du responsable du traitement — le ministère de l'Intérieur — et non plus par l'intermédiaire de la CNIL (article R40-33 du Code de procédure pénale).

La CNIL reste compétente, mais en second temps : elle n'intervient que si le ministère vous oppose une restriction liée à une enquête ou une procédure en cours, ou s'il ne répond pas dans le délai imparti. C'est ce qu'on appelle le droit d'accès indirect.

Êtes-vous probablement inscrit au TAJ ?

Même sans effectuer de démarche de vérification, vous êtes très probablement inscrit au TAJ si l'une des situations suivantes s'est produite :

Vous avez été placé en garde à vue, même si aucune poursuite n'a suivi

Vous avez été convoqué et entendu en tant que suspect ou mis en cause par la police ou la gendarmerie

Vous avez fait l'objet d'une mise en examen dans le cadre d'une information judiciaire

Vous avez été cité ou renvoyé devant un tribunal correctionnel ou une cour d'assises

Une plainte a été déposée contre vous, même si elle a abouti à un classement sans suite

La démarche, étape par étape

Écrivez au ministère de l'Intérieur, Place Beauvau, 75800 Paris, en joignant une copie recto-verso de votre pièce d'identité. Il a deux mois pour répondre. Ce n'est qu'en cas de silence ou de refus que vous saisissez la CNIL.

Étape 1

Le ministère de l'Intérieur

C'est le responsable du traitement, donc le destinataire de votre demande d'accès. Il dispose de 2 mois pour vous répondre à compter de la réception.

Comment procéder :

Courrier au ministère de l'Intérieur, Place Beauvau, 75800 Paris
Le recommandé avec accusé de réception n'est pas obligatoire, mais conseillé : il date le point de départ des 2 mois
Joignez une copie recto-verso de votre pièce d'identité
Voir le modèle de lettre gratuit

Étape 2 — si besoin

La CNIL

Seulement si le ministère ne répond pas dans les 2 mois ou vous oppose une restriction. La CNIL mandate alors un magistrat qui consulte le fichier en votre nom : c'est le droit d'accès indirect.

Comment procéder :

Formulaire en ligne sur cnil.fr (espace « vos droits »)
Ou courrier postal à la CNIL, 3 place de Fontenoy, 75007 Paris
Joignez votre pièce d'identité, la copie de votre demande initiale et la réponse du ministère s'il y en a eu une

Ministère de l'Intérieur ou CNIL : quelle voie pour quelle situation ?

Les deux ne sont pas au choix. Le ministère est le passage obligé ; la CNIL est un recours qui ne s'ouvre qu'en cas de blocage. Voici ce qui les sépare concrètement.

CritèreMinistère de l'IntérieurCNIL (accès indirect)
Quand y recourirToujours, en premierSeulement après un silence de 2 mois ou une restriction opposée
FondementArt. R40-33 CPP, depuis le décret n° 2018-687Art. R40-33 CPP, en cas de restriction
Délai2 mois6 mois
Qui consulte le fichierLes services du ministère, responsable du traitementUn magistrat mandaté par la CNIL, en votre nom
Ce que vous obtenezDans les deux cas : l'existence ou non de données vous concernant et leur exactitude — jamais le contenu détaillé du dossier.
AdressePlace Beauvau, 75800 Paris3 place de Fontenoy, 75007 Paris

À ne pas confondre avec la demande d'effacement, qui s'adresse au procureur de la République et relève d'une procédure distincte.

Délais de réponse à une demande d'accès

Le ministère de l'Intérieur dispose de 2 mois pour vous répondre à compter de la réception de votre demande.

Si vous devez ensuite saisir la CNIL, sa procédure est traitée dans un délai de 6 mois (article R40-33 du Code de procédure pénale). La CNIL indique elle-même que le traitement réel prend souvent plusieurs mois.

Dans les deux cas, la réponse indique seulement si des données vous concernant sont enregistrées et si elles sont exactes, sans détailler leur contenu — pour préserver l'efficacité des enquêtes en cours.

Faut-il absolument vérifier son inscription avant de demander l'effacement ?

Non, ce n'est pas obligatoire. Si vous savez que vous avez été mis en cause dans une procédure pénale (garde à vue, audition, mise en examen…) et que cette procédure s'est terminée favorablement (classement sans suite, non-lieu, relaxe, acquittement), vous pouvez directement formuler une demande d'effacement auprès du procureur.

Vérifier au préalable votre inscription peut néanmoins être utile si vous n'êtes pas certain d'être inscrit ou si vous souhaitez connaître le contenu exact de votre fiche avant d'agir.

Dans tous les cas, la demande d'effacement directement adressée au procureur est la démarche principale. Elle est distincte de la demande d'accès.

Quelles données sont enregistrées dans le TAJ ?

Le TAJ enregistre, pour chaque personne mise en cause, un ensemble d'informations qui peuvent inclure :

Nom, prénom, date et lieu de naissance
Photo d'identité
Empreintes digitales (si relevées)
Nature des faits reprochés
Date et lieu de l'incident
Numéro de procédure judiciaire
Suite donnée à l'affaire (classement, poursuite…)
Identité des co-mis en cause éventuels

Ces données sont accessibles aux forces de l'ordre lors de contrôles et aux administrations dans le cadre d'enquêtes administratives (recrutements sensibles, naturalisations, habilitations de sécurité). C'est pourquoi leur effacement peut avoir un impact concret sur votre vie.

Conséquences concrètes d'une inscription au TAJ

Le TAJ n'est pas visible par votre employeur privé ou votre propriétaire. Mais il peut avoir des conséquences réelles dans plusieurs situations :

Recrutements dans la fonction publique et secteurs sensibles

Les enquêtes administratives de moralité effectuées pour les recrutements dans la police, la gendarmerie, l'armée, l'éducation nationale ou les administrations fiscales et douanières incluent une consultation du TAJ. Une inscription peut bloquer ou retarder un recrutement.

Demande d'habilitation secret défense

L'instruction d'une demande d'habilitation (confidentiel défense, secret défense ou très secret défense) implique un contrôle approfondi du TAJ. Une inscription non effacée peut suffire à entraîner un refus ou une suspension d'habilitation.

Demande de naturalisation

Le dossier de naturalisation fait l'objet d'une enquête de la préfecture qui consulte le TAJ. Une inscription peut conduire à un rejet ou à un allongement de la procédure, même si l'affaire avait été classée sans suite.

Obtention ou renouvellement du permis de conduire professionnel

Les autorisations de transport de personnes (taxi, VTC) et certaines formations professionnelles requièrent un casier judiciaire vierge et une vérification TAJ. Une inscription non effacée peut bloquer l'obtention de la carte professionnelle.

Enquêtes judiciaires ultérieures

En cas de nouvelle procédure pénale, le TAJ est consulté par les enquêteurs. Une inscription antérieure peut peser dans l'appréciation de votre profil, même si elle concerne une affaire ancienne et sans suite.

Combien de temps vos données restent-elles dans le TAJ ?

En l'absence de demande d'effacement, les données du TAJ sont conservées pendant des durées fixées par l'article R40-27 du Code de procédure pénale. Ces durées ne dépendent pas de la distinction contravention / délit / crime, mais de votre qualité (mis en cause majeur, mis en cause mineur, victime) et de listes limitatives d'infractions :

Personne concernée et nature des faitsDurée de conservation
Mis en cause majeur — cas général20 ans
Mis en cause majeur — délits routiers et infractions énumérées par l'article R40-27 (I, 2°)5 ans
Mis en cause majeur — infractions les plus graves (tableau 1 : meurtre, viol, terrorisme, stupéfiants, traite…)40 ans
Mis en cause mineur — cas général5 ans
Mis en cause mineur — infractions des tableaux 2 et 310 ou 20 ans
Victime15 ans au maximum

Règle de cumul : si vous êtes mis en cause pour une nouvelle infraction avant l'expiration d'une durée en cours, c'est le délai restant le plus long qui s'applique à l'ensemble de vos données.

Important : ces durées ne déclenchent pas d'effacement automatique à leur expiration. La suppression doit être expressément demandée. Il n'y a pas de délai maximum pour effectuer cette demande — vous pouvez agir à tout moment.

Important : Les informations de cette page sont données à titre indicatif. Pour les démarches officielles d'accès à vos données, référez-vous au site de la CNIL (cnil.fr) et au site du ministère de l'Intérieur. Les adresses et procédures peuvent évoluer.

La réponse confirme que vous êtes fiché. Et maintenant ?

Savoir que vous figurez au TAJ ne change rien à votre situation tant que vous n'en demandez pas l'effacement. Les données ne disparaissent pas d'elles-mêmes à l'expiration des durées de conservation : la suppression doit être expressément demandée, et elle s'adresse au procureur de la République — pas au ministère de l'Intérieur qui vient de vous répondre.

1. Votre affaire s'est terminée sans condamnation

Classement sans suite, non-lieu, relaxe, acquittement : vous pouvez demander l'effacement sans délai, dès que la décision est définitive (art. 230-8 CPP). C'est le cas le plus favorable.

Voir la procédure complète d'effacement

2. Vous avez été condamné

La demande n'est recevable que lorsque plus aucune mention de nature pénale ne figure au bulletin n° 2 de votre casier judiciaire. Vérifiez ce point avant d'écrire.

Comprendre l'articulation TAJ / casier judiciaire

3. Les données vous concernant sont inexactes

Usurpation d'identité, homonymie, confusion de personne : la voie est la rectification, pas seulement l'effacement, et les preuves à fournir ne sont pas les mêmes.

Procédure en cas d'erreur ou d'usurpation

Dans tous les cas, le procureur dispose de 2 mois pour se prononcer, et comptez 2 à 6 mois en pratique. Mieux vaut engager la démarche tôt si une enquête administrative, une naturalisation ou une candidature est en vue.

Vous avez été mis en cause ? Agissez dès maintenant

Si votre affaire s'est terminée favorablement, vous pouvez demander l'effacement de votre TAJ. Notre formulaire guidé génère votre lettre officielle en moins de 10 minutes.